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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 07:47

Michaël Szames reçoit Jean-Claude Mailly, Secrétaire Général de Force Ouvrière, pour débattre de la réforme des retraites et du climat social en France.

 

Michael Szames- Bienvenue dans « Politiques ». Comment se porte le climat social en France ? Faut-il s'attendre à un printemps chaud, rythmé par ses habituelles manifestations ? En pleine négociation sur les retraites, est-il si simple de réformer en France sans déclencher les foudres des syndicats ? Voulu comme la grande réforme du quinquennat de Nicolas Sarkozy, le gouvernement s'est donné six mois pour négocier. Sinon, il passera outre l'avis des syndicats et légiférera quoi qu'il arrive. Pour en parler, nous recevons un leader syndical. Jean-Claude Mailly a accepté notre invitation. Bonjour, Jean-Claude Mailly.  

Jean-Claude Mailly.- Bonjour.   

Michael Szames.- Vous êtes le secrétaire général de Force Ouvrière et on va commencer tout de suite avec ce rapport qui a été remis aujourd'hui : le COR, le Conseil d'Orientation des Retraites, qui estime entre 72 et 115 milliards d'euros par an, à partir de 2050, le déficit du système de retraite. Qu'est-ce que vous en pensez ?   

Jean-Claude Mailly.- Ecoutez, moi, je veux bien tout ce qu'on veut. Moi, je conteste à la fois la manière dont le COR, le Conseil d'Orientation des Retraites, approche le dossier et en même temps d'aller faire des prévisions à 2050. Mais attendez. Dans cinquante ans... quarante ans, qu'est-ce que... C'est pas possible ! C'est Nostradamus, quoi ! On sait même pas quelle croissance on va avoir cette année et on fait des projections en 2050 !   

Michael Szames.- Et ce sont des projections optimistes.   

Jean-Claude Mailly.- Non mais, qu'elles soient optimistes ou pessimistes, quarante, cinquante ans de projection, ça ne tient pas la route. Un seul exemple. D'ici là il va y avoir normalement huit présidentielles. Vous voyez que les choses ont le temps de changer ! Donc non, moi, je réfute des projections, quelles qu'elles soient, qui puissent être crédibles à cinquante ans. Après, il y a un deuxième problème, c'est la manière dont le Conseil d'Orientation des retraites travaille. Et là, moi, y compris sur le plan des ingrédients qu'il met pour faire ses projections, j'ai des contestations fortes.   

Michael Szames.- Mais vous dites que le Conseil d'Orientation des Retraites n'est pas légitime si on vous comprend bien. C'est ça ?   

Jean-Claude Mailly.- C'est pas qu'il est pas... Non, la légitimité... C'est autre chose que je dis. On siège, nous. Les syndicats, on y est mais on donne notre avis, on n'est pas engagés par ce qu'il sort aujourd'hui du COR comme il y a plusieurs années. Non, c'est pas une question de légitimité. Il existe etc. Il fait son travail. Mais, pour faire des projections, y compris sur un an ou deux ans, vous êtes bien obligé - les économistes qui y travaillent - de prendre des critères pour savoir comment... Alors critère d'emploi, critère de productivité, critère de croissance etc. Sauf qu'il y a deux choses qui ne sont pas intégrées dans le rapport du COR et ça change tout. La première des choses, c'est que, dès le départ, le rapport dit : « On se situe dans la logique gouvernementale puisqu'on intègre le programme qu'a envoyé le gouvernement à Bruxelles pour 2013. » Donc ça veut dire réduction des déficits publics et sociaux. Ça conditionne déjà pas mal de choses. Et deuxième élément que le COR n'intègre pas : on fait comme s'il ne fallait rien changer dans la répartition des richesses. On ne parle pas de fiscalité, on parle de rien. On continue comme avant. Alors, à partir de là, que les choses se dégradent, c'est évident.   

Michael Szames.- Qu'est-ce que vous dites exactement ? En fait, que le système de retraite par répartition, le système français, pour vous, il est mort ?   

Jean-Claude Mailly.- Ben non ! Ben non ! Il est pas mort ! Attendez. Les pays qui ont des systèmes par capitalisation, c'est-à-dire des systèmes de fonds de pension, dans certains pays d'Amérique, dans certains pays d'Europe de l'Est etc., avec la crise ils se sont effondrés, ces systèmes-là. Ça ne veut pas dire que les systèmes par répartition ne peuvent pas avoir de difficultés mais, au moins, une chose est sûre : ils ne peuvent pas faire faillite. Alors, après, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de problème sur les retraites. Le problème, c'est un problème de financement. Mais regardez bien. Que dit le COR ?   

Michael Szames.- Visiblement, il y a des problèmes sur les retraites parce que vous avez du mal à « négocier » puisque, apparemment, ce ne sont pas des négociations que vous avez faites avec le gouvernement.  

Jean-Claude Mailly.- Non, c'est... Ben oui, il faut être précis sur les termes. C'est une concertation puisque, à la fin, ça va être une loi. C'est pas les syndicats qui décident d'une loi. C'est le Parlement qui, in fine, votera un texte. Mais regardez bien. Que dit le rapport du Conseil d'Orientation des Retraites ? La même chose dans la démarche qu'en 2003 ou en 2007 avant la crise. Ils disent : « Il y a trois leviers. » Ou on baisse les pensions. Et ça, même le gouvernement dit : « Ah non, on ne peut pas baisser les pensions ! » Bon. Alors, ou on augmente les cotisations. M. Woerth a déjà dit : « Ah ben non, on peut pas augmenter les cotisations, donc vous allez bosser plus longtemps. » Mais, dans le même temps, ils ne disent pas : « On peut travailler sur une réforme fiscale, on peut répartir différemment les richesses. » Ça, on a l'impression que c'est le sujet tabou. Un élément, quand même, est intéressant dans le rapport, c'est que, du fait de la crise qui secoue la France comme les autres pays, ça a dégradé d'un point de produit intérieur brut, ça veut dire 20 milliards d'euros de dégradation. Ça, c'est dû à la crise et ça, c'est pas les salariés qui en sont responsables. Et on va leur demander de bosser plus longtemps comme seule réponse à un problème financier ? Ça ne tient pas la route !   

Michael Szames.- Le Conseil d'Orientation des Retraites table, en fait, sur un taux de chômage à peu près de 4,5 % à l'horizon 2050. Ça veut dire qu'on va quand même vers une destination de plein emploi. Là-dessus, vous pouvez dire quand même que c'est une avancée.   

Jean-Claude Mailly.- Mais c'est le même scénario qui avait été retenu en 2007 et qui explose en vol avec la crise. C'est un des critères retenus. Quand vous faites des prévisions, vous faites tourner les machines et vous dites : « Voilà. Bon. Un gain de productivité, ça va être ça. Le chômage, on prend telle hypothèse. La croissance, on prend telle hypothèse. L'emploi, on prend telle hypothèse. » Après, vous moulinez tout ça et ça vous sort des chiffres. Mais moi, j'aimerais bien qu'on prenne comme hypothèse aussi : « Et si on répartissait différemment les richesses ?» Le fait que, dans un notre pays, mais c'est vrai dans d'autre pays, depuis quinze ans il y a 4 % des richesses produites qui ne vont plus au travail - alors qu'ils y allaient avant - et qui vont au capital. Si vous prenez le produit intérieur brut, on peut citer des chiffres. C'est 70 milliards d'euros de masse salariale en moins sur une année. Alors après, les conclusions du Conseil d'Orientation des Retraites, j'ai envie de dire que c'est du pain bénit pour le gouvernement, qui va nous faire...   

Michael Szames.- Pourquoi ?   

Jean-Claude Mailly.- Il va s'appuyer là-dessus, il va jouer le catastrophisme. « Regardez, on ne va pas s'en sortir. Il faut absolument remettre en cause le système. Il faut casser le droit à la retraite à soixante ans, par exemple. » On va avoir droit à de la propagande gouvernementale dans les semaines à venir. Il paraît même qu'ils ont commencé à travailler sur une campagne de communication qui coûterait quelques millions d'euros !  

Michael Szames.- Qu'est-ce que vous en pensez justement ?   

Jean-Claude Mailly.- Attendez, moi, j'appelle pas ça de la communication, j'appelle ça de la propagande. Nous, quand on fait de la propagande syndicalement, on n'a pas ces moyens-là. Donc nous, c'est des tracts, c'est des manifestations etc. Mais on va essayer de conditionner l'opinion publique. Pour leur faire peur, en gros. C'est ça qui va être fait dans les semaines à venir. Alors moi, je marche pas dans ce scénario. Moi, je suis optimiste et je dis : « On peut changer les choses. » Il y a une crise. Le président de la République disait encore il y a quelque temps : « Il faut changer le modèle, il ne faut plus qu'on continue comme ça », eh bien qu'il le prouve et qu'il change le modèle, y compris dans les modes de réflexion sur un dossier comme les retraites.    

Michael Szames.- Comment s'est passé votre rendez-vous de lundi dernier avec le ministre du Travail, Eric Woerth ?    

Jean-Claude Mailly.- Ecoutez, l'homme n'est pas désagréable. C'est pas une question d'homme, qu'on se comprenne bien. Mais je lui ai expliqué. Je lui ai dit d'abord. On a parlé de la méthode etc. et, après, moi, je suis allé sur le fond. On ne va pas passer deux heures sur le calendrier et je lui ai dit : « Pourquoi on se voit, M. Woerth ? On se voit à votre demande, d'abord. » C'est pas nous qui avons demandé à ouvrir le dossier retraite. A priori c'était pas le Premier ministre non plus puisque, il y a quelques mois, il disait qu'il fallait attendre 2012. Donc ça veut dire que le gouvernement ou l'Elysée a décidé d'en faire le marqueur politique. C'est pas pour une question de retraite. C'est pour une question de marquage politique. C'est ça. Il faut bien comprendre ça. C'est important dans le dossier. Et après je lui ai dit : « Mais on se voit pourquoi ? Parce qu'il y a un problème financier. Ça, je suis d'accord pour dire qu'il y a un problème financier, nonobstant ce que dit le Conseil. Donc travaillons sur le financement. » Voilà. Il reconnaît d'ailleurs que c'est bien parce qu'il y a un problème financier. S'il n'y avait pas de problème financier, on ne se verrait pas. Mais moi, ce que je n'accepte pas, c'est qu'on dise : « Il y a un problème financier, donc... »    

Michael Szames.- Mais ils vous ont vus pour la forme ?    

Jean-Claude Mailly.- Ils nous ont vus... Non, officiellement non. Ils consultent les uns et les autres. Mais ce qui m'inquiète, moi, justement, c'est que, comme ils ont apparemment décidé d'en faire un marqueur politique... Est-ce que c'est pour des raisons... Enfin, je ne veux pas rentrer là-dedans, c'est pas mon job, comme je dirais. Il faut ressouder tel ou tel etc., donc il faut qu'on puisse montrer à un moment donné que, voilà, on a eu le courage de remettre en cause, par exemple, le droit à la retraite à soixante ans. Mais ça, c'est de la politique politicienne ! Je suis désolé. C'est pas préparer une société de demain. Le problème de la retraite comme le problème de la santé et de l'assurance-maladie...    

Michael Szames.- ... qui est en déficit aussi.    

Jean-Claude Mailly.- Oui mais... Moi, je veux bien mais... Ecoutez, même un pays qui a de grosses difficultés économiques... Je veux parler des Etats-Unis. Ils ont de très grosses difficultés économiques. Vraisemblablement pires qu'un pays comme la France aujourd'hui. Quand le président Obama fait une réforme sur la santé, même si c'est pas ce que les syndicats attendaient, il fait quand même quelque chose qui est un progrès. Tandis que nous, à chaque fois qu'on fait un truc, c'est un recul. Alors qu'ils prennent exemple ailleurs.    

Michael Szames.- Alors un recul... Eric Woerth, nouveau ministre du Travail. C'est plus facile de négocier avec quelqu'un qui vient d'arriver ou vous auriez préféré continuer avec Xavier Darcos, l'ancien ministre du Travail ?    

Jean-Claude Mailly.- Ecoutez, on ne choisit pas.    

Michael Szames.- Peu importe pour vous ?    

Jean-Claude Mailly.- Non, attendez, moi, je choisis pas mes interlocuteurs. Ce qui est vrai, c'est que, depuis quand même un an ou deux, ça a valsé, les ministres du Travail. On en a eu trois ou quatre. On a eu M. Bertrand, après on a eu M. Hortefeux, M. Darcos et maintenant M. Woerth. Bon, chaque fois... Et c'est normal. M. Woerth, il doit rentrer dans les dossiers. Parce qu'il n'y a pas que les retraites. Au ministère du Travail, il y a d'autres dossiers également.    

Michael Szames.- Oui mais c'est le gros dossier du moment.    

Jean-Claude Mailly.- Ah oui mais c'est eux qui en font le gros dossier, c'est pas moi. Moi, je considère qu'il n'y avait pas urgence sur ce dossier.    

Michael Szames.- Il n'y a toujours pas urgence ?    

Jean-Claude Mailly.- Mais non !    

Michael Szames.- Malgré ce qu'on entend aujourd'hui de la part du Conseil d'Orientation des Retraites, à savoir que le déficit est colossal et qu'il faut quand même s'en occuper ?    

Jean-Claude Mailly.- Oui, le déficit est important. Il est aggravé par la crise. Mais je dis bien, moi, je balaie les projections en 2050. Moi, je serai mort en 2050 et beaucoup aussi, donc...    

Michael Szames.- Donc pour l'année prochaine, qu'est-ce qu'il va se passer ?    

Jean-Claude Mailly.- Ah oui. Non mais attendez. L'année prochaine, on est sur rythme d'augmentation des dépenses qu'on travaille sereinement, qu'on regarde. Mais il faut tout ouvrir. Toutes les pistes. On nous dit : « Vous ne voulez pas discuter de l'âge. » Non, je ne veux pas discuter de l'âge. Mais pourquoi le gouvernement ne veut pas discuter de la répartition des richesses ?    

Michael Szames.- C'est un dialogue de sourds, en fait. Non ?    

Jean-Claude Mailly.- Il y a un petit côté, je crains, dialogue de sourds parce que le gouvernement en fait la réforme emblématique. C'est pas nous qui en faisons la réforme emblématique. Moi, je considère qu'en période de crise il y a d'autres urgences que celles-là. Je dis qu'il n'y a pas de problème sur les retraites, qu'il ne faut pas travailler dessus. L'urgence, c'est plus du côté de l'emploi, c'est plus du côté du pouvoir d'achat, c'est plus du côté de la stratégie industrielle, c'est plus du côté de l'avenir des services publics. Voilà. Ça, ce sont les urgences d'aujourd'hui.    

Michael Szames.- Et ça, vous arrivez à en parler avec le ministre ou pas ?   

Jean-Claude Mailly.- L'emploi, il reconnaît que, quand il y a du chômage... Vous savez... Je vais prendre un seul exemple. Pour la première fois depuis que la statistique existe, donc ça fait belle lurette, la masse salariale en France, l'année dernière, a chuté de 1,3 %. Vous savez ce que ça donne dans les recettes de la caisse vieillesse ? 850 millions d'euros en moins. Voilà. Donc, si on ne change pas la politique économique, ça va continuer à se dégrader. Et, après, on dira : « Vous voyez ? Vous avez des problèmes financiers, donc il faut casser le système, il faut passer à autre chose. » Moi, je ne marche pas dans ce genre de combines.    

Michael Szames.- Vous appelez à une journée de blocage pour pouvoir peser sur les négociations. Vous appelez toujours à cette journée de blocage ? Comment se passent les relations avec les autres syndicats, et notamment la CGT ?    

Jean-Claude Mailly.- C'est pas simple. Même si, avec la CGT, quand je regarde bien, sur les positions en matière de retraite, on n'est pas si éloignés que ça. Par contre, on n'est pas d'accord sur les modalités d'action. Moi, ce que j'ai dit, et j'ai été franc, j'ai écrit à l'ensemble de mes interlocuteurs, camarades des autres organisations, en disant : « Voilà. Ce que j'avais déjà dit un peu l'année dernière. Les manifs à répétition ou les manifs ricochets, ça finit par tomber à l'eau. » Les gens savent bien, ils ne vont pas... On l'a vu l'année dernière. Au bout d'un moment, on dit : « Vous êtes en train de nous promener tous les jours ! » Et le gouvernement, ça ne l'émeut pas. On nous laisse même entendre dans la presse que...    

Michael Szames.- Peut-être que ça les arrange, Jean-Claude Mailly.    

Jean-Claude Mailly.- Ah ben ça... Peut-être, à la limite. Montrer que ce n'est pas si simple que ça de réformer dans notre pays et que, regardez, il y a eu trois millions de personnes dans la rue mais ça ne change rien. Donc si trois millions de personnes dans la rue, ça ne change rien, comme l'année dernière, il faut passer à autre chose. Ce que nous suggérons... C'est une suggestion de FO. Après, on verra. Si personne ne veut, on prendra nos responsabilités à un moment donné. C'est de dire... Voilà. Si... Moi, je dis... Imaginez Chérèque, Thibault, Mailly, Voisin etc., les responsables syndicaux qui disent :« Ecoutez. Le gouvernement ne veut rien entendre. On vous propose et on vous demande, salariés du public et du privé : tel jour, à tel moment, vous arrêtez le travail. Qu'on donne ce sentiment que, voilà, vous en avez assez et vous arrêtez le travail. » Si ça marche, ça... Il faut que ça marche, effectivement. Pour qu'on aie toutes les chances, il faut qu'on soit plusieurs. Si ça marche, le gouvernement prendrait une sacrée responsabilité s'il ne faisait rien derrière. Parce que... Pourquoi ? Ça pourrait continuer. Mais les manifs, ils nous laissent entendre, même dans la presse, qu'il peut y avoir quatre millions de personnes, ça ne change rien.    

Michael Szames.- Aujourd'hui, ici, sur notre plateau, vous pouvez lancer un appel aux autres syndicats ou pas ?    

Jean-Claude Mailly.- Mais je l'ai déjà fait. Je l'ai déjà fait. Je l'ai fait officiellement par écrit en disant : « Nous, voilà ce qu'on vous suggère. » Je n'arrête pas de date. Je ne sais même pas la date aujourd'hui. Et puis s'ils étaient d'accord, sur le principe déjà, eh bien on pourrait, après, discuter de la date au moment le plus opportun. Est-ce que c'est juin ? Est-ce que c'est septembre ? Franchement, aujourd'hui, je n'en sais rien. Mais, visiblement, d'autres sont dans une autre logique. C'est : on va faire des baskets jusqu'au mois de juillet et puis, début juillet, comme il va faire beau, on va prendre des tongs. Mais c'est pas ça qui fera reculer le gouvernement.    

Michael Szames.- Voilà pour le dossier des retraites. On va parler un petit peu de quelques questions d'actualité. L'usine PSA Peugeot Citroën à Melun-Sénart va fermer, 400 salariés risquent de perdre leur emploi. En tout cas, il y a un plan de départs volontaires. Qu'est-ce que vous en pensez ?    

Jean-Claude Mailly.- Ecoutez, ça montre bien d'ailleurs que, malgré des engagements du groupe PSA, il y a quand même une unité qui va fermer, qui était... Alors ils nous disent : « C'est une filiale de... C'est... » Bon, on joue sur les mots. Donc c'est inquiétant. Et, surtout, que vont devenir ces salariés ? Attendez, vous n'avez pas automatiquement, comme ça, une mobilité de Melun à Vesoul. Donc ils disent : « Il n'y aura pas de licenciements, il y aura des départs volontaires. » Syndicalement, on est présents. On va être très fermes sur... Bon, c'est pas encore annoncé. C'est annoncé par anticipation. Mais on sera très fermes sur les conditions, c'est évident.   

Michael Szames.- Donc vous regardez ça de très près chez Force Ouvrière ?    

Jean-Claude Mailly.- Ah de très près, oui. Tout à fait. Oui. Toutes les entreprises, y compris... On vient de sortir du conflit mais Sodimatex, par exemple. Attendez, c'est quand même pas normal que... Un an de négociations ! Il faut monter le... Comme ils ont dû monter pour obtenir satisfaction sur des indemnités de licenciement. C'est quand même... Il faut relativiser les choses.    

Michael Szames.- Qu'est-ce que vous pensez de cette grève à la SNCF ? Ça fait quasiment une semaine, voire plus.    

Jean-Claude Mailly.- Ecoutez, moi, j'ai déjà dit que j'avais du mal à comprendre certaines choses. Bon, nous, on n'est pas dans le conflit. Bon, maintenant, moi, je ne condamne pas.    

Michael Szames.- Vous n'êtes pas présents dans l'intersyndicale - il faut l'expliquer - à la SNCF.    

Jean-Claude Mailly.- Voilà. On n'est pas présents dans l'intersyndicale qui appelle au conflit. D'ailleurs, moi, je reconnais un problème de représentativité, j'espère ponctuel, à la SNCF. Bon. Mais ce que je considère, c'est un problème de lisibilité. Et, également est-ce qu'on doit brûler les cartouches comme ça sachant que le grand conflit ou le gros dossier aujourd'hui - je ne dis pas qu'il n'y a pas de problème à la SNCF, qu'on se comprenne bien - que le gros dossier à venir, c'est celui des retraites. Donc, si l'on veut mettre toutes les chances de notre côté sur les retraites, il faudra une très forte solidarité public-privé. Voilà.    

Michael Szames.- Vous dites quoi ? « Stop à la grève SNCF » ?    

Jean-Claude Mailly.- Non. C'est pas moi qui peux décider de ça, d'abord, parce que c'est ceux qui appellent à la grève qui décident de leur comportement. Mais j'ai le sentiment qu'il y a beaucoup d'histoires d'appareil là-dedans, de représentativité. C'est un peu compliqué pour s'y retrouver.    

Michael Szames.- D'accord. Qu'est-ce que vous pensez de la nomination par l'Elysée du futur président de France Télévisions ?   

Jean-Claude Mailly.- J'avais dit à l'époque que c'était quand même pas normal. C'était quand même pas normal. Même si on nous expliqué : « Mais oui mais, in fine, c'est ça etc. », ça donne quand même le sentiment que le président de France Télévisions dépend directement... On nous dit : « C'est moins hypocrite » Oui mais il dépend directement de l'Elysée, quel que soit l'hôte de l'Elysée. Il faut bien comprendre. C'est quand même pas une bonne méthode.   

Michael Szames.- Notamment le président de France Télévisions a décidé de suspendre aujourd'hui la régie publicitaire - en fait, la privatisation de la régie publicitaire.   

Jean-Claude Mailly.- Il a raison.    

Michael Szames.- Est-ce que vous trouvez ça normal ?   

Jean-Claude Mailly.- Oui. Il a raison. Enfin, moi, je l'appuie là-dessus. Attendez. Moi, je veux bien tout ce qu'on veut.    

Michael Szames.- Vous appuyez Patrick de Carolis ?    

Jean-Claude Mailly.- Là-dessus, oui. Attendez. C'est quand même à un moment donné... D'abord, d'autres, y compris dans la majorité, si j'ai bien compris, sont aussi sur cette logique-là. A un moment donné, une entreprise publique comme France Télévisions, si on lui supprime tous ses moyens financiers ou une partie des ses moyens financiers... C'est ce qu'on fait souvent dans le service public. Après on dit : « Attendez, ils ont plus les moyens, donc vous faites plus le boulot comme avant, donc ça marche pas, donc on va vous privatiser. » Alors c'est ça, la logique que nous condamnons. France Télévisions, c'est une belle entreprise publique, ça doit rester une belle entreprise publique.    

Michael Szames.- Par ailleurs il y a également le retour, peut-être, de la publicité avant 20 heures. Dans la journée. C'est en négociation à l'Assemblée nationale et peut-être aussi à l'Elysée. Est-ce que, vous aussi, vous dites aujourd'hui : « On doit remettre la publicité dans la journée. »    

Jean-Claude Mailly.- Je n'ai pas creusé ce dossier. L'histoire de la publicité... C'est vrai que c'est parfois agaçant, quand on regarde, d'être coupé. Moi, personnellement, ça m'agace. Mais ce qu'il faut regarder...    

Michael Szames.- Mais c'est un dossier très politique, Jean-Claude Mailly.   

Jean-Claude Mailly.- Mais c'est un dossier très politique en même temps. Parce que, y compris... Et si jamais on privatisait, par exemple, la régie ? Qui va racheter ? Qui va racheter ? Il faut qu'on regarde ce genre de choses. Vous savez, moi, il y a des choses quand même...    

Michael Szames.- Donc, là-dessus, vous êtes aussi très attentifs chez Force Ouvrière ?    

Jean-Claude Mailly.- Bien sûr ! Bien sûr, on regarde ce qu'on va nous...    

Michael Szames.- Donc vous aurez votre mot à dire ?    

Jean-Claude Mailly.- Bien sûr. Parce qu'on a nos équipes, on a nos syndicats, y compris à France Télévisions, qui regardent ça de très près et qui sont inquiets à la fois sur l'avenir du service public en tant que tel de France Télévisions. France Télévisions, c'est un service public et nous, on veut que ça reste un service public.   

Michael Szames.- Très rapidement, le 1er Mai, traditionnellement il y a des grandes manifestations à travers le pays. Encore une fois, ça sera un grand rendez-vous pour vous ?   

Jean-Claude Mailly.- Le 1er Mai, comme on n'est pas tous d'accord sur les modalités... En tous les cas, Force Ouvrière, dans tous les départements, organisera des 1er Mai. Et moi, en ce qui me concerne, je serai dans les Bouches-du-Rhône, avec prise de parole publique dans les Bouches-du-Rhône, le 1er Mai.    

Michael Szames.- Merci, Jean-Claude Mailly, d'avoir répondu à notre invitation.   

Jean-Claude Mailly.- Merci à vous.    

Michael Szames.- Tout de suite d'autres infos sur France 24.    

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