Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 23:39

ECONOMIQUE - VENDREDI 12 NOVEMBRE 2010

 

On ne pouvait trouver un terme plus fort pour qualifier le budget 2011 que celui utilisé par la ministre chargée de l’Economie déclarant « nous y sommes allés à la tronçonneuse ». En effet, ce plan d’austérité est historique. Par son ampleur tout d’abord mais également, par les efforts qui seront pour l’essentiel consentis par les classes moyennes, les plus démunis et les salariés.

En annonçant la réduction du déficit public à 6% en 2011, à 3% en 2013 et même à 2% en 2014, lui qui avoisine actuellement les 7,7 % du PIB, le chef de l’Etat et son gouvernement veulent faire fondre le déficit budgétaire de 60 milliards d’ici 2011, le faisant passer de 152 Mds en 2010 à 92 Mds en 2011 (tableau 1). De fait, c’est une division par deux du rythme de croissance des dépenses publiques qui est visée. De l’aveu même du gouvernement, c’est une réduction « inédite au cours des 50 dernières années » et qui fait de ce projet de loi de finances, le premier budget officiel d’austérité.

Refusant par principe une augmentation générale des recettes (ou, au minimum un débat sur le sujet), le principal ressort de cette chasse aux déficits sera donc la baisse des dépenses publiques et des dépenses sociales. Pour ce faire, le gouvernement entend mettre fin à la relance par l’investissement public, supprimer quelques niches fiscales mais qui ne sont ni les plus coûteuses, ni les plus injustes et poursuivre la « rationalisation » des dépenses publiques, c'est-à-dire la baisse des dépenses de fonctionnement et d’intervention de l’Etat. Le tout dans un contexte que le gouvernement présente comme un contexte de reprise économique, synonyme de rentrées fiscales et de cotisations puisque, selon les prévisions du gouvernement, la croissance approchera les 2% en 2011 contre …0,6% au troisième trimestre 2010 selon l’OFCE !

En définitive, et comme il fallait s’y attendre, plutôt que de revoir en profondeur sa politique fiscale et certains de ses principes qui ont fait tant de mal aux finances publiques, plutôt que d’inciter à l’augmentation des salaires et des minimas sociaux, le gouvernement prend à court terme le risque d’obérer une véritable reprise quand, à moyen et long terme, il donne un coup de massue aux services publics des trois versants de la fonction publique, et ce à tous niveaux, central et territorial.

A l’heure où une timide croissance peine à s’affirmer, où le taux de chômage de longue durée remonte dangereusement, quand de leur côté, les inégalités explosent – un contexte économique qui conduit l’OFCE et même le FMI à mettre en garde les gouvernements contre la concomitance de leur plan de rigueur tant leur impact pourrait être récessif –, ce budget ne fait qu’entériner une politique libérale et anti-sociale. Il est l’outil par lequel le gouvernement choisit de casser la fonction publique, de vider de leur substance ses missions et de privatiser leurs cendres pour poser les bases, si l’on n’y prend pas garde, d’une société appauvrie, sans solidarité et profondément inégalitaire. La réforme des retraites, partie intégrante de ce plan d’austérité, en offre une parfaite préfiguration, elle qui doit contribuer « à garantir la soutenabilité des finances publiques » comme l’écrit le gouvernement et constituer, avec la mise en œuvre des investissements d’avenir et la suppression de la taxe professionnelle, l’un des trois piliers de la croissance de long terme…! [1]

Mais le gouvernement se veut rassurant : non seulement nos voisins britanniques feraient pire – ce qui est faux, la France faisant « aussi fort » s’agissant notamment de la réduction des emplois publics globalement équivalente! – mais même en France, nous serions loin de la cure d’austérité préconisée par certains rapports, au premier rang desquels le second de la commission présidée par Jacques Attali dont la présentation n’est certainement pas due au hasard… Dit autrement, ne nous plaignions pas encore, le pire reste à venir !

Force Ouvrière dénonce fermement ce budget d’austérité et plus encore les choix budgétaires opérés à ce titre. Le rééquilibrage des finances publiques ne peut se faire au prix du démantèlement de pans entiers de services publics, contre les intérêts économiques et sociaux du plus grand nombre, et ce, pour le bénéfice de quelques privilégiés ! L’annonce simultanée d’un « sommet social », sorte de plan de relance de la cohésion sociale dont on peut se demander comment il pourra être financé par la rigueur, est l’aveu de l’inégalité de ce projet de loi de finances, une inégalité parfaitement assumée par le gouvernement. Force Ouvrière sera très attentive au vote solennel de ce budget d’austérité et à ses dernières modalités.

Pascal Pavageau,
Secrétaire confédéral chargé de l’économie


Partager cet article

Repost0

commentaires