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8 avril 2015 3 08 /04 /avril /2015 23:27

Depuis une dizaine de jours et pour encore quelques temps, les salariés de Beauchamp regardent une sorte de monstre mécanique géant au long cou, dépecer des morceaux entiers du passé industriel du site.

C’est devenu une habitude sur Beauchamp, lorsque l’une de ces grues pose ses jambes d’acier sur le sol du parc Barrachin, ce n’est pas pour y installer de nouvelles machines, mais pour vider le site de sa capacité de production.

Les plus anciens se souviennent d’un temps ou les démontages de machines non transférées étaient financés dans l’investissement suivant, parfois plusieurs années après. Les dépouilles de la F1 et de la F2 à l’ancienne usine I.G.T. en témoignent encore. Ces monstres d’acier de plusieurs étages semblent endormis, la ventilation des locaux laissant croire aux visiteurs éventuels qu’elles respirent encore. Pourtant, elles ne serviront jamais plus.

Depuis une quinzaine d’années, les machines qui ne sont pas délocalisées sont démontées dans le plan même d’arrêt d’activité. Les petites machines comme les découpeuses ou les presses offset du PMD n’échappent pas à cette règle, même s’il n’y a pas besoin de faire place nette aux machines à venir… Peut-être parce qu’il n’y a justement pas de machines à venir !

La soif de démontage de nos patrons a peut-être commencé avec l’extrudeuse 1, le plan des abrasifs, avec les citernes derrières la chaufferie, avec les silos à grains de l’extrudeuse… Impossible de retrouver la genèse des faits qui aboutissent au final à la vision d’une usine au trois quart vide. Vide de machines, mais aussi vide d’humain.

Le coup de balai final sera moins onéreux pour nos actionnaires. Plus dilué.

Difficile de ne pas se souvenir de ce qu’était la première vision de l’usine TECH il y a 35 ans, un jour d’avril 1980. La densité de machines installées dans tous les recoins possibles. Le fourmillement humain des services de maintenances intervenants dans tous les sens, des contrôleurs de qualité, des approvisionneurs, des opérateurs de production boostés à la prime de rendement, exécutants en gestes saccadés, précis et rapides, la transformation des produits et leurs emballages…

La grue au centre de la cour va continuer encore quelques temps son œuvre de démantèlement. Elle repartira pour d’autres taches, dans d’autres lieux. Mais elle reviendra, n’en doutons pas, se repaitre des oripeaux de nos machines. De celles qui restent encore pour quelques temps. Elle reviendra finir le travail commencé. Elle se moque bien des derniers salariés qui resteront, de ceux qui boiront le calice jusqu’à la lie. Elle est comme nos patrons, elle n’a pas d’état d’âme, elle exécute sa tache sans sourciller.

Comme nous aimerions nous tromper…

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commentaires

Ortog 09/04/2015 10:03

Tous ces moments se perdront dans l'oubli comme se perdent les larmes dans la pluie...